Exilée de la révolution russe, réfugiée de la Seconde Guerre mondiale, Anna Marly a transformé sa guitare en une arme de libération massive. C’est à Londres, au micro de la BBC, qu’elle compose la mélodie du Chant des Partisans, devenant l’hymne clandestin de la Résistance française et le souffle de ceux qui refusaient la soumission. Plus qu’une artiste, cette « troubadoure » a fait de sa vie un pont entre les luttes : de la Russie soviétique à l’Amérique et à Zebda, sa musique n’a jamais cessé d’appeler à la révolte contre l’oppression. Portrait de celle qui a prouvé qu’une chanson peut être un mot de passe, un drapeau et une mémoire vivante pour les générations futures.
Anna Marly de son vrai nom Anna Iourievna Betoulinskaïa, naît le 30 octobre 1917 à Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), dans une famille aristocratique russe.
Son enfance est brutalement marquée par l’Histoire : son père est exécuté lors de la Révolution bolchévique.
Face à la violence politique, sa mère fait le choix de l’exil.
Déguisées en paysannes, Anna, sa sœur, leur gouvernante et leur mère fuient la Russie et trouvent refuge en France.
Elles s’installent à Menton, sur la Côte d’Azur.
Très tôt, Anna se forme au chant et à la danse. À 13 ans, une guitare offerte va changer le cours de sa vie : elle devient son instrument, sa compagne, sa voix. Dans le Paris des années 1930, elle danse dans les ballets russes, se produit sur scène, travaille sa voix au conservatoire et commence à écrire ses propres chansons.
En 1934, consciente que son nom est difficile à porter dans le milieu artistique français, elle choisit un nom de scène trouvé au hasard dans un annuaire : Anna Marly.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate et que la France est envahie, Anna fuit vers l’Espagne, le Portugal, puis rejoint Londres en 1941.
Là, elle s’engage auprès des Forces françaises libres : d’abord volontaire à la cantine, puis artiste au Théâtre aux Armées, et enfin chanteuse sur les ondes de la BBC, dans l’émission mythique « Les Français parlent aux Français ».
Sa voix devient un lien, un souffle d’espoir pour celles et ceux qui résistent.
C’est à Londres que naissent ses chansons les plus puissantes.
En 1941, Anna compose une mélodie inspirée des partisans soviétiques combattant le nazisme. D’abord chantée en russe sous le titre
“La Marche des Partisans”, cette chanson circule dans les cercles de la Résistance.
Lors d’une soirée réunissant des résistants français, Anna la chante.
L’émotion est immédiate.
Parmi les auditeurs se trouvent Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon. Profondément bouleversés, ils proposent d’en écrire une version française.
Ensemble, ils donnent naissance, en mai 1943, à “Le Chant des Partisans”.
Plus qu’une chanson, c’est un appel à la lutte, un mot de passe, un symbole.
Diffusé par Radio-Londres, il devient l’hymne de la Résistance française, sifflé dans les maquis, murmuré dans la clandestinité, porté par celles et ceux qui refusent la soumission.
Anna Marly est aussi à l’origine de la musique de “La Complainte du Partisan”, autre chant majeur de la Résistance, qui connaîtra une renommée internationale.
Après la Libération, Anna Marly revient en France en 1945, auréolée de reconnaissance. Pourtant, elle choisit une autre voie : celle du voyage et de la transmission.
Elle parcourt l’Amérique du Sud, y devient une ambassadrice de la chanson française, puis sillonne l’Afrique, toujours accompagnée de sa guitare. Elle finit par s’installer aux États-Unis. Elle y écrit des chansons, des poèmes et des fables, nourris par l’exil, la guerre et la mémoire.
À l’image de son autobiographie, “Troubadour de la Résistance”, Anna Marly conçoit son œuvre comme un outil de transmission : raconter la résistance à celles et ceux qui ne l’ont pas vécue, pour que la mémoire ne s’efface jamais.
Preuve de cette force intemporelle, “Le Chant des Partisans” traverse les décennies. En 1997, il est repris par Mouss et Hakim, du groupe Zebda, dans l’album Motivés.
La chanson retrouve alors la rue, les manifestations, les combats sociaux contemporains.
Elle rappelle que la résistance n’appartient pas au passé : elle se transforme, se transmet
et se réinvente.
Anna Marly meurt le 15 février 2006 en Alaska, à l’âge de 88 ans. Elle laisse derrière elle bien plus qu’un répertoire : une œuvre profondément politique, inscrite au cœur du matrimoine de la résistance, et une voix qui continue de dire non à l’oppression.
Lettre de Anna Marly à Mustapha Amokrane – Motivés