Née Rosalie, fille d’une femme africaine violée sur un navire négrier, elle choisit de rejeter le nom de l’esclave pour devenir Solitude. Face au rétablissement de l’esclavage par Napoléon en 1802, cette femme métisse enceinte n’a pas fui : elle a pris les armes aux côtés de Louis Delgrès pour défendre la liberté conquise par la Révolution. Capturée après le suicide collectif des insurgés, elle a accepté de porter son enfant jusqu’au terme avant de monter à la potence, offrant sa vie pour que vive l’espoir d’un avenir libre. Symbole éternel de la « Fanm Doubout », Solitude incarne cette résistance invisible des femmes racisées qui ont préféré la mort à la chaîne, rappelant que la liberté ne se donne pas, elle s’arrache.
Solitude, la femme debout
On l’appelle Solitude. Mais avant ce nom de liberté, elle s’appelait Rosalie. Née autour de 1772 en Guadeloupe, elle est la fille d’une femme africaine, Babette, déportée et violée sur un bateau négrier — une tragédie banale dans le commerce triangulaire, où les corps des femmes étaient des marchandises. Blessures et résistances tout à la fois.
Une enfance dans le système esclavagiste
Rosalie grandit dans une plantation, ce système économique impitoyable né de la conquête et du massacre des peuples, organisé pour faire pousser le sucre, le café ou le cacao que consommait l’Europe. Là, chaque être humain était réduit à une valeur marchande. Le coût d’un esclave, disaient les colons, « s’amortissait » en quatre ans. Après cela, il ne valait plus rien — sinon sa force de travail.
Le choix de la désobéissance
Enfant métisse, ni blanche ni noire, Rosalie est doublement marginalisée. Pourtant, dans un monde de chaînes, elle choisit déjà la désobéissance. Elle refuse son nom de baptême, refuse la servitude et rejoint les marrons, ces esclaves en fuite qui se cachent dans les montagnes pour vivre libres.
Là, elle prend un nouveau nom : Solitude.
L’espoir de l’abolition
C’est la Révolution française. En 1794, la Convention abolit l’esclavage : l’écho de cette promesse de liberté traverse les Antilles. Pour la première fois, les hommes et les femmes noirs redressent la tête. Solitude croit, comme beaucoup d’autres, que le temps de la dignité est venu.
Mais la victoire est brève. En 1802, Napoléon Bonaparte envoie ses troupes pour rétablir l’esclavage.
Le combat aux côtés de Delgrès
En Guadeloupe, la résistance s’organise autour de Louis Delgrès, homme noir libre. Des centaines d’insurgé·es décident de se battre. Solitude se joint à eux — enceinte, mais déterminée à défendre la liberté conquise.
Pendant dix-huit jours, les combats font rage. Acculés, trois cents résistants se retranchent dans un manoir et choisissent de faire exploser le bâtiment plutôt que de se rendre.
La mort de Solitude
Solitude survit à l’explosion. Elle est capturée, condamnée à mort. Sa grossesse suspend l’exécution. Elle met au monde un enfant — voué à redevenir esclave — puis est pendue le lendemain, le 29 novembre 1802.
Elle avait trente ans.
On raconte qu’une foule immense a accompagné la « Fanm Doubout », la femme debout, jusqu’à la potence. On raconte aussi que son nom, longtemps oublié, est resté vivant dans la mémoire populaire.
Une mémoire de la résistance
Solitude, c’est le visage invisible de la résistance. C’est la mémoire d’une femme racisée qui a tenu tête à l’Empire pour défendre la vie libre. C’est une histoire qu’on ne doit pas oublier.