« Être avocate était mon moyen de tenter de changer ce que je n’aimais pas dans ce monde. » Gisèle Halimi a tenu parole en transformant le prétoire en une tribune politique majeure. Au cœur de la guerre d’Algérie, elle ose défier l’État français en défendant Djamila Boupacha, jeune militante torturée et violée, révélant au monde l’horreur des violences sexuelles utilisées comme arme de guerre. En associant Simone de Beauvoir à ce combat, elle tisse un lien indissociable entre lutte anticoloniale et émancipation des femmes, inventant une forme d’intersectionnalité militante bien avant l’heure. De l’affaire Boupacha au procès de Bobigny pour le droit à l’avortement, portrait d’une femme qui n’a jamais séparé la justice des femmes de la justice tout court.
« Être avocate était mon moyen de tenter de changer ce que je n’aimais pas dans ce monde : l’injustice, le rapport de force, le mépris des humbles, le mépris des femmes. » — Gisèle Halimi
27 juillet 1927 : naissance de Gisèle Halimi, avocate et militante
Avocate et militante emblématique. Gisèle halimi est surtout reconnue pour son combat courageux en faveur du droit à l’avortement et la criminalisation du viol. Mais son engagement était aussi profondement anticolonial : elle a porte la cause des femmes dans le contexte de la guerre d’Algerie. Mêlant feminisme et anticolonialisme.
L’affaire Djamila Boupacha
En pleine guerre d’Algérie, Djamila Boupacha, jeune militante du FLN, est arrêtée et accusée d’attentat. Elle est détenue dans un centre de torture où elle subit des violences physiques et sexuelles extrêmes, symboles des méthodes brutales communément utilisées pendant ce conflit colonial à l’encontre des femmes.
La rencontre
Gisèle Halimi découvre cette affaire par une lettre du frère de Djamila Boupacha, interné dans un camp au Maroc. En rencontrant Djamila, elle est bouleversée par le témoignage des sévices subis — brûlures, fractures, viol. Elle décide alors de l’aider à porter plainte et de rendre public ce scandale.
« Quand je la rencontre, elle ne voulait pas me montrer les signes de torture sur son corps. Elle était très raide, et puis brusquement elle s’est lâchée et elle m’a montré les brûlures de cigarette sur ses seins, son genou tordu… elle ne pouvait pas respirer, elle avait les côtes cassées (…) et puis il y avait le viol, qu’elle n’arrivait pas à dire. »
Un combat collectif
Avec Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi crée un comité de soutien large, réunissant intellectuel·le·s, artistes et responsables politiques. La plainte, rendue publique, mobilise l’opinion en France et à l’international, révélant au grand jour la violence d’État dans la guerre d’Algérie.
« On voulait que tout le monde ait honte, y compris ceux qui proclamaient “l’Algérie française”. Il fallait leur montrer ce qu’elle était, à quoi elle menait. »
Une militante féministe
Gisèle Halimi ne dénonce pas seulement la torture. Elle souligne aussi la spécificité des violences faites aux femmes, entre répression politique coloniale et violences sexistes. Son combat mêle alors les luttes anticoloniales et féministes, faisant émerger une réflexion intersectionnelle avant même l’apparition de ce terme.
Impact historique
Si le viol n’était pas encore reconnu comme crime de guerre dans les années 1960, « l’affaire Djamila Boupacha » a fait basculer l’opinion, permis de révéler les violences d’État et ouvert la voie à la prise en compte des violences spécifiques subies par les femmes dans les conflits.
L’héritage de Gisèle Halimi
Du droit à l’avortement à la lutte anticoloniale, Gisèle Halimi a porté une cause féminine qui ne séparait jamais le genre des enjeux politiques et sociaux. Son parcours témoigne d’une militance féministe engagée dans les combats pour la justice, la liberté et l’égalité, quelles que soient les oppressions.